Gérard Simon Section d'ArlysèreEn 1958, mon père qui travaillait chez Chapuis, à Chambéry, comme ajusteur, depuis son départ des établissements Brivio ( Campagnolo ) à Cognin, nous avait signalé l’existence de la JC ( Jeunesse Communiste ) et incités à en faire partie. Mon frère Alain le fera plus tard et ne resta que peu de temps avec nous.
J’étais alors en classe de 3ème au lycée Vaugelas de Chambéry et je venais d’obtenir le BEPC tandis que mon frangin s’apprêtait à trimer comme apprenti-carreleur. Je vivais la lutte des classes avec les enfants de la bourgeoisie chambérienne. Déjà intéressé par l’actualité, je vivais douloureusement les commentaires anticommunistes dans la cour du Lycée , notamment sur les événements de Hongrie et sur la Guerre d’Algérie. Je trouvais un certain réconfort dans la lecture des Allobroges et après leur disparition, je m’informais dans le Progrès que mon père avait jugé plus à gauche que le Dauphiné. A la J.C, j’entamai ma formation révolutionnaire sous la direction ferme et avisée de mes camarades Pélisson ( fils du trésorier de la Fédé ) et Maurice Jarre aux côtés desquels j’appris notamment que les masses faisaient l’Histoire alors que la bourgeoisie mettait en exergue l’influence prépondérante des « grands hommes ».
C’est avec la famille Mudry dont la fille Ginette était secrétaire de cellule et dont l’époux, Hector Vair fut mon formateur pour le collage d’affiches, que j’allais, au bout de quelques années d’apprentissage, prendre place parmi les nombreux camarades de la section de Chambéry, en compagnie de mon ami Roger Gandet.
La fréquentation des ouvriers de l’usine de l’Aluminium Français eut aussi une certaine influence ( j’habitais tout près de la cité ouvrière dans le quartier de Pont d’Hyères qui jouxtait Chambéry et je les rencontrais souvent sur les jeux de boules ). En outre, je passai toute mon adolescence au contact de deux cheminots « rouges » : le père Alfred Planche, conducteur de locomotives, qui avait adhéré au Parti communiste en 1923 et Louis Joseph son locataire qui fut mon partenaire aux boules et qui m’emmena monter la garde au siège de la Fédé, en 1961 à l’époque de l’OAS, au 5ème étage de la rue Métropole, près de la cathédrale de Chambéry.
Cependant, il restait encore pour moi, début 1962, des interrogations sur Staline et la déstalinisation, sur la démocratie bien que le Parti eût accepté le pluralisme. La fin de la Guerre d’Algérie pour laquelle les Communistes avaient beaucoup lutté, emporta ma conviction. La suite fut l’Ecole élémentaire avec Albert Laurent ( que je salue ! ) et Auguste Mudry, des décennies de militantisme avec diverses responsabilités, secrétaire de cellule puis de section, membre du Comité fédéral jusqu’en 2018.
Pour conclure, je citerai Henri Malberg ( rencontré aux Karellis lors de l’Université d’Eté ) qui, dans son livre « Incorrigiblement Communiste » résumait son engagement ainsi : « Le Parti Communiste n’est pas tout dans une vie. Il y a la famille et l’amour, l’amitié, le travail, la culture (j’ajoute le sport ), les difficultés et les joies. Mais l’engagement est un plus dans la vie ».