Il faut remettre les choses dans l’ordre. Quand j’étais au collège, ma grand-mère, la "Jeannette", bien qu’elle ne fut à ma connaissance pas encartée, m’avait appris L’Internationale. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une franche admiration pour les communistes. Au lycée, j’avais écrit les paroles de la chanson sus-citée sur mon classeur de sciences. Premièrement, car j’étais relativement imperméable à la chose scientifique et secondement parce que cela m’évoquait une forme de "révolte joyeuse". Ayant décroché mon bac, je quittais les Alpes du Sud direction Montpellier.
Me voilà donc étudiant à la fac. La premier année, je prends part à mon premier "vrai" mouvement social1, 2010, les retraites déjà. Il y a un peu de tension entre divers groupes étudiants et comme je ne comprends pas les raisons de cette colère, je ralentis ; le cortège estudiantin me dépasse. Boum ! Je me retrouve en tête du cortège suivant, celui des communistes et du Front de Gauche. Ça chante L’Internationale tout du long alors je suis resté avec eux.
Cependant, à cette époque j’étais assez timide. Je ne parlais pas. Ça donne un air suspect. Et, à chaque fois que je me rendais à une action rassemblant un nombre restreint de militant·e·s, hasard fâcheux mais quasi-invariable, il ne fallait attendre que quelques minutes après mon départ pour pour que divers représentant·e·s de la maréchaussée n’interviennent. Je passais donc pour un RG... Il m’a fallut plusieurs années pour me familiariser.
En 2013 et 2014, les étudiant·e·s descendent dans la rue contre la loi Fioraso. Je fais partie du lot. On bloque la fac et ses bâtiments. On soutient également la lutte du personnel technique et réciproquement. Ça nous file de bons coups de mains mutuels.
Un agent de la fac : « Vous avez bloqué toutes les portes... C’est ballot, on ne peut pas déverrouiller les serrures (sifflotements)... Bon on va en manif ! ». Les camarades de l’Union des Étudiant·e·s Communistes bloquent le bâtiment H. Comme c’est le bâtiment où j’ai cours et que je peux leur taxer des clopes, je décide de rester. On m’apprend La Jeune Garde. On a le temps de filer des coups de mains aux camarades en luttes dans les entreprises et les services publics. Mais voilà, la loi Fioraso passe et le mouvement faiblit. On fait quand même la fête pour se changer les idées. On me propose d’adhérer à l’UEC. Il y a des choses qui doivent se faire avec sobriété. Le lendemain, lors de l’assemblée générale durant laquelle on décide qu’on va retourner en cours, je me tourne vers la camarade responsable de secteur.
« Il faut signer où pour l’adhésion ? ».
Janvier 2014, je suis un étudiant communiste... je suis à la JC !
2014, c’était rapide, on allait sur la fin des manifs mariages pour tou·te·s, la lutte vent debout des intermittent·e·s, la fête de l’Huma et Bim ! On arrive au congrès du Mouvement des Jeunes Communistes de France. Je n’ai rien de particulier à en dire c’est un peu comme un grand pique-nique dont le but principal est quand même de déterminer la direction du Mouvement pour les quatre prochaines années. C’est véritablement là, à Gennevilliers que je sortait de la fédé de l’Hérault pour voir le MJCF en grand... L’année se termine et on prépare un meeting de printemps durant lequel André Chassaigne est invité. Avec deux camarades, on est chargé de faire un film. On navigue dans tout le département. On s’arrête à Béziers, manif contre une décision de la majorité municipale. Après, on va au local de section, les photos des quatre anciens maires communistes y sont alignées. Avec les camarades, on regarde.
« Dire que maintenant c’est ce faquin de Ménard... », on poursuit la discussion sur des sujets plus agréables. Un camarade se tourne : « Mais au fait Benji, tu n’as pas ta carte au parti ? ».
En partant je l’avais, ma carte au PCF. Je ne sais pas si c’est la fatigue ou la joie mais en reprenant la route, j’étais à deux doigt d’arracher la barrière de péage... faut admettre à ma décharge qu’on n’aurait jamais dû s’en dessaisir des autoroutes ! En 2016, je regagnais les Alpes mais pas celle du Sud... depuis me voilà en Savoie.
Benjamin Bonniot--Bouchet Section d'Arlysère Cellule d'Ugine