Après le retrait de Martin Fourcade (dont l’excuse financière, justifiée ou pas, a surpris) de la présidence du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques, c’est l’ancien champion de ski de bosses, Edgar Grospiron, qui a été promu. « Il a trois mois pour lancer la machine ». L’heure n’est plus à l’enthousiasme des Jeux d’Albertville, le changement climatique est passé par là, et la nécessité de « Jeux sobres » au financement maîtrisé est affirmée. Le pari est difficile à tenir, car, comme l’écrit Stéphane Pulze, « il est rare qu’une édition olympique dégage un résultat positif ». Or, question budget, avec un apport plus limité que d’habitude des partenaires privés, avec l’appel gouvernemental à diminuer la dépense publique, (mais à augmenter la dépense militaire), « la marge de manœuvre financière des Alpes françaises 2030 est très étroite ». Car, si la sobriété financière s’impose (et c’est souhaitable !), il sera difficile d’échapper à un déficit. Ce qui n’empêche pas Edgar Grospiron d’affirmer vouloir « des Jeux impeccables ».
Pour sa part, Mael Besson, demande « des JO au service du projet de territoire ». Spécialiste de la transition écologique, Mael Besson est le fondateur du cabinet Sport 1.5 qui travaille sur les enjeux environnementaux dans le sport. Ancien responsable sport à la WWF, il est chef du bureau « Sport et développement durable » au ministère des Sports. Il souhaite que les JO soient des Jeux de montagne, et non plus seulement des Jeux d’hiver. « Il faut avant tout que ces Jeux servent à promouvoir les activités de montagne dans leur ensemble. Il faut qu’ils servent les acteurs économiques à réduire leur dépendance aux sports d’hiver et à se diversifier ». Le propos prend toute sa pertinence quand on sait les difficultés de certaines stations de ski.
Au contraire des deux précédents, le journaliste Guillaume Desmurs est très critique. Il pointe « une candidature improvisée et un mauvais signal dans l’indispensable quête de transition en altitude ». Il estime que le budget « n’est pas clair », que « l’engouement peine à se lever », et que « miser sur 95% des infrastructures existantes est une fable ». Les opposants aux JO, les No Jo, partagent sa dénonciation du béton et de la neige artificielle, mais ne mobilisent pas plus que les partisans des JO.
Cette actuelle « désaffectation » populaire questionne. Dans le cadre d’un monde traversé par les guerres, dans un pays où les immenses manifestations populaires contre la réforme des retraites n’ont pas abouti à son retrait, les JO n’apparaissent-ils pas comme une sorte de « suppléant d’âme » éloigné des réalités vécues ? Réunis autour d’Edgar Grospiron, les promoteurs politiques des JO de 2030 sourient heureux pour la photo, comme si les questions étaient de l’ordre du passé.
Or elles sont actuelles. Ainsi, les JO peuvent être l’occasion de la relance du service public ferroviaire, à la condition qu’on considère les Régions avant la finance. La ligne SNCF Grenoble Gap pourrait être l’épine dorsale des JO de 2030, avec des trains Genève Nice qui ont circulé jusqu’à la fin des années 80 avant la fermeture de la circulation d’une vingtaine de kilomètres avant Digne. Les associations, les syndicats, peuvent saisir les JO pour exiger une relance des services publics, bureaux de poste, services hospitaliers, écoles, logements sociaux, etc.
C’est peut-être de cette façon, que l’on soit pour ou contre, qu’il faut saisir les JO, avec, au-delà des débats, le retour à ce qu’ils devraient être. Que Val d’Isère soit commune organisatrice ou pas, n’est pas déterminant. La vision mercantile de la commune importe peu. Mais que les JO deviennent une immense manifestation de la paix dans le monde, de l’amitié entre les peuples, du refus des nationalismes, serait aujourd’hui d’une importance majeure. Travaillons à ce qu’il en soit ainsi.
Alain Dupenloup