Fédération PCF de Savoie (73) - Front de Gauche

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L’instant où Clara Gaymard s’est tue

(D’après un texte de Marc Pavy)

Cela se passe un matin de janvier sur France inter. Clara Gaymard (qui fut l’épouse d’Hervé Gaymard) est l’invitée de Patrick Cohen qui la présente ainsi : «une grande femme d’affaires, présidente de General Electric France, 11 000 salariés en France, 8 milliards de chiffre d’affaires, elle est aussi présidente de la chambre de commerce francoaméricaine », etc.
Après la présentation, c’est l’interview banale d’une grande dirigeante d’entreprises, une dame de haut rang qui la joue normale, calme et sympathique, mais qui se plaint, elle aussi : «Le système met une pression incroyable sur les entreprises et les salariés. Le mal de l’économie française est très simple, c’est le manque de compétitivité qui s’est aggravé ces dernières années (…) Certes les fondamentaux de la France sont bons, on a des écosystèmes qui fonctionnent très bien, mais, vous rendez-vous compte du fardeau que nous portons par notre organisation à cause de cet espèce de millefeuille qui pèse trop lourd sur les entreprises ?».
Et Clara Gaymard précise, à propos du fardeau, que, selon elle, «le coût du travail, ce ne sont pas les salaires, c’est tout ce qu’il y a autour, les charges sociales, les impôts, les taxes, etc». Elle évoque la nécessité de «faire des réformes structurelles qui vont être lourdes», lourdes pour les salariés, évidemment.
Elle ajoute : «L’Italie et l’Espagne ont fait des réformes, certes douloureuses, mais qui les ramènent dans le champ de la compétition mondiale». Le propos prouve que les grands de ce monde sont sourds aux cris de détresse des populations. Les réformes dont parle Clara Gaymard ont été si douloureuses que les jeunes d’Italie et d’Espagne ont renoué avec l’émigration à l’étranger pour trouver un travail ou, parfois, simplement de quoi se nourrir. Quant au retour dans «le champ de la compétition mondiale» il signifie que les banques ont renoué avec la spéculation monétaire. C’est tout.
Mais, en l’absence de contradicteurs, durant toute l’interview Clara Gaymard s’exprime avec aisance. Jusqu’au moment où une auditrice, Martine, de Chambéry, fait remarquer que, dans le débat sur le coût du travail, il y a toujours de grands absents, les actionnaires. «Pourquoi les entrepreneurs ne demandentils pas aussi aux actionnaires de faire des efforts et de réduire leur retour sur investissement ? Dans les débats, on n’en parle jamais !». Patrick Cohen pointe alors «des dividendes qui sont repartis à la hausse» et redonne la parole à Clara Gaymard.
Elle explique qu’on ne peut rien imposer aux actionnaires et que «si un pays a des règlementations fiscales beaucoup plus défavorables que celles du voisin, vous pouvez bien mettre toutes les règles que vous voulez, les gens qui ont de l’argent le mettront là où ils ont envie de le mettre. C’est la vie économique».
Eh oui, c’est bien pourquoi les communistes luttent pour une harmonisation fiscale au niveau européen. Tout en sachant (et les USA en ont fait la preuve) que, si on a la volonté politique d’empêcher la fuite des capitaux, on peut le faire même pour un seul pays. En prétendant le contraire, Clara Gaymard défend les intérêts de sa classe sociale.
A ce moment de l’interview, Bernard Guetta, journaliste à France inter, peut-être un brin irrité par la fatuité de Clara Gaymard, s’adresse à la Chambérienne Martine pour expliquer que, depuis 20 à 30 ans, «il s’est opéré une inversion radicale du rapport des forces entre le capital et le travail. Dans les années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale les fruits de l’économie allaient très largement au travail. Aujourd’hui la situation s’est totalement inversée. Et là, il faudrait regarder dans le rétroviseur de la politique mondiale, notamment la chute du mur de Berlin, mais pas seulement». Et comme la déclaration fait désordre, Patrick Cohen tente de relancer Clara Gaymard en questionnant : «Clara Gaymard ? Mmmmh ?». Interloquée, Clara Gaymard observe enfin un instant de silence. D’ici à ce qu’elle pense que la radio France inter est infiltrée par les Bolchéviks…